les participes dépassés

D’après les conversations que j’ai entendues dans le bus, la grosse préoccupation de mes concitoyens, c’est l’accord du participe passé avec avoir. Après les chaleurs que nous avons connues cet été, je comprends que l’on ait besoin de sujets plus frivoles. Je comprends mais je m’énerve quand même un peu. Que des gens qui se disent sérieux (et anciens profs de surcroît !) passent leur temps à disserter sur cette calamité linguistique, c’est un peu effrayant. Rien d’autre de plus urgent à se mettre sous la dent à une époque où la ponctuation est si malmenée, où le vocabulaire joue à la peau de chagrin, avec des connaissances littéraires que l’on a connues plus profondes ? A ce propos, j’aime bien (non, je n’aime pas) l’argument qui dit que l’on aura plus de temps à consacrer à des choses utiles ! A quoi ? A jouer sur internet ? Soyez sûrs que chaque leçon d’analyse que l’on aura supprimée (car c’est bien de ça qu’il s’agit) ne sera jamais remplacée par une étude sérieuse de la langue et de la culture. Ils y croient vraiment ?

Et puis, je m’interroge. J’ai enseigné pendant bien plus de trente ans et je sais donc un peu de quoi je parle. Sur une année scolaire, combien d’heures ai-je consacrées à ce malheureux accord ? Deux heures ? Un crime, n’est-ce pas ?

Mais supprimons, allégeons : nos élèves y gagneront en bêtise. Et puisqu’il faut supprimer, je propose que l’on raye le futur de toutes les conjugaisons. D’ailleurs, avec la situation de la planète, quel futur avons-nous ? Oui, à bas le futur simple qui ne l’était d’ailleurs que par son nom. Et puis, on cassera la figure au conditionnel. Le subjonctif est déjà presque oublié. Tant mieux. Et l’infinitif, c’est si beau, non ?

Vous me suivre ?

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examens, suite et fin

Je reviens aux examens : c’en est hélas la saison…

Dans les réactions qu’a provoquées mon premier billet, il apparaît souvent que je devrais être heureux, moi, d’avoir pu me la couler douce à l’école, vu que je me rattrapais aux examens, où j’avais de bons points qui s’ajoutaient aux mauvais. C’est un fait, mais quel dommage !

Quelle mauvaise préparation à la vie ! Car la vie, ce n’est pas, ce ne devrait pas être un effort de temps en temps mais au contraire un travail régulier, sans stress, sans battements de cœur. C’est tous les jours que l’on doit faire sa besogne de citoyen ou de parent ou de n’importe quoi.

Mais j’ai d’autres reproches à faire aux examens. J’en ai connu de ces profs qui osaient dire aux élèves : "On se reverra aux examens." Comme si c’est d’une vengeance qu’il s’agissait. Une façon peut-être de devenir pendant quelques heures le maître qu’ils n’avaient pas su être tout au long des semaines. Bien triste, ça.

Pense-t-on assez également au temps perdu, un temps précieux qui aurait pu être utilisé à travailler, à réfléchir, à s’enrichir intellectuellement ? Sans exagérer, il me semble qu’on peut dire que le mois de juin est entièrement perdu à cause de ces examens ! Un mois !

Mais il faut bien juger les élèves, n’est-ce pas ? Ah bon ? Qui croit réellement que c’est sur une épreuve que l’on peut jauger les connaissances d’un enfant, ses aptitudes réelles ? Que fait-on du hasard, de la chance, de la tricherie


?

Dans mon métier, j’ai connu quelques années sans examens. Pas beaucoup, hélas.. Ce furent les meilleures. Mais ce sont les parents qui ont réclamé à cor et à cri ces épreuves de fin d’année ! Et, bien sûr, les profs dont j’ai parlé plus haut, à qui on enlevait une arme suprême.

Par la fenêtre, je vois des ados dans la rue : ceux qui ont réussi et courent l’annoncer et ceux qui ont raté, de leur faute ou non, et galopent vers quoi ? Vers quelle consolation ?

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Portrait

Il m’arrive parfois de regarder de vieilles photos de moi. Bébé, je ne me reconnais pas. Enfant, je voudrais être mon ami. Adolescent… Adolescent, trop grand, trop maigre, trop maladroit… Et puis ? Et puis, me regardant, bien obligé dans le miroir lors de ma toilette, je me trouve si vieux que je me plains. Pourtant, il y a de moi un portrait où je me sens vraiment moi. Un peu triste, toujours un peu triste. Un peu moqueur, toujours un peu moqueur pour éviter qu’on ne le soit à mon égard. Un portrait, oui, que je trouve tout à fait fidèle.

Il est dû au pinceau de mon ami Gabriel Loriers. Me connaîtrait-il si bien ? En tout cas, je le remercie pour avoir ajouté des cerises, soulignant ainsi de manière discrète ma gourmandise féroce.

Ce portrait de Gabriel, c’est le seul portrait fidèle à l’essentiel.

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examens tours de crétins

J’ai sept raisons pour affirmer que les examens sont une véritable nuisance, qui ne fabrique que des détraqués et des fainéants. La première raison, c’est moi. J’ai toujours été un élève attentif en classe mais très paresseux face aux leçons et aux devoirs. Cependant, à la fin de l’année, il me fallait un minimum de points et, si je me souviens bien, les examens comptaient pour le tiers (si pas la moitié) des points de l’année. Donc, après neuf mois et demi de farniente, je consacrais une semaine à étudier. J’avais une excellente mémoire. En quelques heures, je mémorisais tout un cours. Et je me payais pas mal de points, ce qui m’évitait d’être le dernier de la classe. C’est comme cela que j’ai appris à ne rien faire.

Voilà la première raison.

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Instits

La mort est toujours bouleversante. Sauf sa mort propre, puisqu’on n’y assiste jamais.

Ces trois personnes tuées mardi à Liège par un fanatique, comment ne pas y penser et en être malheureux ? Deux femmes abattues en faisant leur travail, leur devoir. Et le troisième par hasard, stupidement, parce qu’il était là.

C’est cette troisième mort qui me rend le plus triste et me bouleverse. Ce Cyril qui est mort sous les balles d’un fou, ce Cyril que je ne connaîtrai jamais, comme il devait vivre ! On le dira jamais assez, et on ne le dit guère : la seule vraie arme contre les terroristes, c’est l’éducation. Toutes les autres n’ont jamais servi à rien, qu’à protéger, ce qui n’est déjà pas mal, bien sûr, et que je salue. Soldats et policiers, oui, ils nous protègent. Provisoirement. Cyril, lui, allait être de ceux qui nous protègent réellement, puisqu’il allait être, puisqu’il aurait dû être instituteur.

J’en connais quelques-uns de ces maîtres qui travaillent dans les classes primaires, celles où tout se joue. J’en connais quelques-uns qui font partie de mes plus chers amis. Quelques-uns qui ne se doutent pas qu’ils font ce que personne d’autre ne pourra vraiment faire à leur place : éduquer des petits d’homme, leur apprendre que la vie est belle mais qu’elle a des règles qu’il faut respecter. Ces règles que le tueur fou n’a jamais apprises.

Cyril allait être de ces hommes indispensables dont notre société a tant besoin.

Il allait être de ces précieux jardiniers des esprits qu’on ne salue jamais assez.

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Tenue

Les élèves de mon école préférée (Saint-Augustin à Enghien, pour ne pas la citer) ont récemment manifesté pour pouvoir venir aux cours en bermuda. Une chère amie prof dans cet établissement me demande si je le sais. Comment ne pas le savoir : la presse en fait ses choux aux lardons ! Ce que j’en pense ? A partir du moment où les filles ont le droit de porter des pantalons, pourquoi les garçons ne pourraient-ils venir en jupe ou… en bermuda ? Je plaisante ? A peine. Ceci dit, je pense que l’habit fait le moine. Qu’un prof ne s’habille pas pour rencontrer ses élèves comme quelqu’un qui va traire ses vaches et qu’en somme… Et qu’en somme, oui, c’est l’équipe éducative qui doit décider. Ah bon ? Ah oui ! Et ceux qui ne sont pas contents de la tenue de l’école (tenue, c’est le mot qu’il faut) n’ont qu’à choisir un autre établissement. Affaire à suivre…

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Raucy, la guerre et les Juifs…

L’écrivain Claude Raucy est né à Vieux-Virton, en Gaume, en mai 1939.

On pourrait penser que pour un auteur riche d’une bonne centaine de titres, les lieux et les dates de la vie n’ont pas vraiment d’importance. Et pourtant…

Et pourtant, comment bien comprendre les romans de Claude Raucy si on ne sait pas qu’il avait un an quand ses parents ont dû se réfugier dans le sud de la France, à Belpech exactement, pour échapper à l’horreur nazie ? Dans ce département de l’Aude, ils furent accueillis avec beaucoup de gentillesse, malgré la vie assez pénible des habitants. Ils revinrent en Gaume quelques mois plus tard. De quoi parla-t-on pendant les années qui suivirent ? Des difficultés de l’exode. Du sort pénible des réfugiés. Réfugiés : c’est sans doute le mot que Claude Raucy a le plus entendu tandis qu’il découvrait le langage. Avec guerre, bombe et collabos. Et résistants, ceux dont on parlait à mots couverts, leur donnant une place privilégiée dans l’imagination d’un enfant.

De Juifs, on ne parlait pas encore. Du moins l’auteur ne s’en souvient-il pas. Les Juifs on en parla de plus en plus, mais pas tout de suite.

Claude avait un peu plus de cinq ans quand l’américain remplaça l’allemand. C’était la douceur après les phrases de haine. Le chewing-gum après les ersatz.

Et puis la guerre cessa tout à fait et l’écrivain en herbe entra à l’école primaire. Une école de paix désormais. Et petit à petit, il rencontra le mot juif en même temps qu’il découvrait que l’être humain pouvait être un monstre. Mais ce n’est que bien plus tard qu’il apprit que des petits Juifs se cachaient pas très loin de sa maison, chez un brave homme un citoyen ordinaire dont il ne soupçonnait pas la générosité.

Drôle de mélange tout ça ? Certes. Un mélange qui devait donner naissance à plusieurs livres. Le plus connu sans doute, depuis 1989, c’est Le doigt tendu, cette histoire de Juif réfugié à Saint-Mard et qui se voit trahi par son seul véritable ami. Mais cette trahison lui fait comprendre qu’à côté de la méchanceté, il y a l’accueil et la tendresse.

Le roman part de la Gaume que Raucy aimait, avec ses prés, ses vergers, ses rivières et ses forêts où se cachaient les résistants.

Toujours baigné par la Gaume, il y eut, longtemps après, Les cerises de Salomon. Toujours avec des salauds et des héros. Et des Juifs traqués.

Les années passèrent. Claude Raucy retrouva le mot réfugié. Cette fois, ce n’était plus lui. Mais il en côtoyait, tous les jours, venant d’un peu partout. De là sans doute la naissance d’un court roman, Le violon de la rue Lauriston.

Puis les problèmes de la vie se multiplièrent et se firent graves. En quoi fallait-il croire en ce 21e siècle bouleversé par un terrorisme impitoyable ? L’ouverture aux autres ne s’ouvrait-elle que sur un point interrogation ? Ce fut Où es-tu Yazid ?

Mais la Gaume était toujours dans les rêves de Claude Raucy, avec un grand-père tendre, un instituteur comme on en rêve, et des fleurs, des arbres, des oiseaux… comme on en voit de moins en moins. Mais, en arrière-fond, la guerre toujours, avec ses questions. Cette fois, l’auteur s’amusa à travailler en abyme, à introduire un texte de Raucy dans un texte de Raucy… Ce roman encore inédit s’appelle provisoirement La dernière promenade. Avant peut-être qu’un éditeur propose un autre titre.

La Gaume, les réfugiés, les Juifs… La même histoire sans doute, répétitive.

C’est l’éditeur Mijade qui propose la dernière édition du Doigt tendu.

Les cerises de Salomon sont au catalogue des éditions Weyrich, dans la collection La Traversée.

Aux éditions Ker, Le violon de la rue Lauriston et Où es-tu Yazid?

Pour La dernière promenade, il faudra encore attendre un peu…

C.R.

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