Suite de l’histoire

René Follet (suite et pas fin)

Puisque certains me le réclament, je reviens au Doigt tendu et à sa première couverture. Je l’ai déjà dit, elle est l’œuvre de René Follet, ce dessinateur belge trop peu connu dans son pays. Né en 1931, il avait donc 47 ans quand les éditions Signe de Piste lui ont demandé de faire la couverture du Doigt tendu, ainsi que de nombreuses illustrations intérieures.

Les anecdotes ? Pour la 4e de couverture, Follet voulait dessiner le village de Saint-Mard vu du toit de la ferme où s’est réfugié Pierre. Nous avons eu une communication téléphonique que je reproduis à peu près :

– Vous connaissez Saint-Mard ?

– Non, mais je connais bien l’Ardenne, pas de problème.

– L’Ardenne ? Rien à voir ! La Gaume n’a rien de commun avec l’Ardenne !

– Ah bon ?

– Eh bien non… Mais si vous voulez, je peux vous envoyer une photo de ce que Pierre voit de son grenier.

– Bonne idée, mais il faudrait faire vite.

Je fis vite. Je me rendis dans cette maison (qui est en fait celle où habitaient mes grands-parents pendant la guerre) et j’eus cet entretien :

– Est-ce que je pourrais aller dans votre grenier pour prendre une photo de Saint-Mard par la tabatière ?

– ???

– C’est pour un roman que j’ai écrit. Pour l’illustration.

Malgré son étonnement, le propriétaire me laissa monter dans le grenier. Je n’osai pas imiter Pierre et grimper sur le toit, mais je pus quand même prendre une photo, que j’envoyai sur-le-champ à René Follet. Il supprima deux ou trois choses, pour éviter les anachronismes, et le résultat fut cette 4e que j’essaie de vous montrer maladroitement.

Quand je reçus le livre, je fus surpris par le fait que Jacques, contrairement à mon texte, ne portait pas de béret alpin. Je téléphonai immédiatement à Follet, qui s’expliqua.

– C’est vrai. Mais il y avait déjà quatre couvre-chefs : les chapeaux des deux agents de la Gestapo et les deux casques des soldats. Cinq, c’était trop… Et puis je vous avouerai que j’adore dessiner des cheveux…

Puisqu’il le disait ! J’ajoutai :

– Vous savez, Jacques, le traître, il a une bonne figure sur votre couverture. Pas vraiment la tête d’un salaud.

– Parce que vous pensez que les salauds ont une tête spéciale ?

Il avait raison.

Mais les problèmes continuèrent. Follet voulait, pour d’autres éditions, habiller Jacques autrement, modifier la couleur du pull, lui mettre une autre chemise…

J’eus bien du mal à mettre mon texte en conformité !

Pas de problème pour la récente dernière édition ! Les vêtements ont disparu, les ennemis aussi. Il ne reste qu’un œil triste et un peu inquiet…

Mais je n’ai plus modifié la description de Jacques !

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Doigt tendu

Branchés culture et mon Doigt tendu

Je viens de découvrir un site culturel très bien fait : Branchés Culture, fondé par Alexis Seny. Je ne résiste pas à l’envie d’en donner l’accès :

www.branchesculture.com

Et j’invite mes lecteurs attentifs à aller y faire un tour.

Ils découvriront entre autres un très bon article sur mon roman Le doigt tendu, rédigé (avec de très belles photos) par Marie-Sophie Grognet.

Le doigt tendu... La première édition date de 1989. Voilà donc plus de trente ans que l’aventure a commencé. Sans trop y croire, j’avais envoyé le manuscrit à l’éditeur Signes de piste. Peu de temps après, je recevais un télégramme me demandant de lui téléphoner d’urgence . (A l’époque, pas de GSM, pas de courrier électronique…)

Et le contrat fut très vite signé.

Suivit une réédition chez Memor, en 2002 puis trois éditions chez Mijade.

Et le livre continue à avoir le même succès, ce qui ne peut que me ravir, évidemment.

La première couverture était due au talentueux dessinateur belge René Follet. J’ai vraiment plaisir à la reproduire ici. Et si mes lecteurs le souhaitent, je leur raconterai une anecdote au sujet de cette couverture…

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adieu, Pilou

Je n’apprendrai rien à personne en disant que vieillir, c’est surtout voir partir ceux qu’on aime. De mes profs, plus personne n’est en vie. Et combien de mes élèves ont déjà disparu !

Je viens d’apprendre la mort d’un collègue que j’aimais beaucoup et qu’on appelait familièrement le Pilou. Difficile d’accepter qu’il n’était pas immortel, tant était grande sa gentillesse. Et son humour et son attention à chacun, notamment aux plus défavorisés de ses élèves.

Tout de même, pour sourire au milieu des larmes, je raconte une anecdote.

La première fois que je l’ai vu, j’étais en rhéto, en 1957. A l’époque, on ne montait pas en classe sans s’aligner d’abord en d’impeccables rangs. Je ne sais pourquoi, le Pilou , qui venait d’être désigné comme prof de gym, était debout à côté de notre classe. Je le revois, petit, un rien timide, vêtu d’un duffel-coat beige. Nous étions accompagnés de notre professeur de français, Georges Bouillon, qui frémit en voyant quelqu’un en dehors des rangs. Hélas pour lui, le Pilou n’avait pas l’air plus âgé qu’un rhétoricien. Georges Bouillon rugit :

– Mettez-vous dans les rangs comme les autres, s’il vous plaît.

– Mais, monsieur, je ne suis pas un élève.. Je suis professeur…

– Et moi, je suis l’empereur du Japon. Allez, dans les rangs, et vite !

Le Pilou n’osa pas protester davantage et se mit dans les rangs.

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à pleurer

Je suis toujours confus quand je relis mes textes. Malgré mon attention (ou peut-être que je vieillis plus que je ne le crois), je laisse toujours passer l’une ou deux bêtises orthographiques. Avant que ne me fassent la remarque la Danielle ou le Jean-Luc ou ma sœur, je précise que je le sais bien qu’un million, c’est beaucoup et qu’il vaudrait mieux avoir écrit un million de voitures, avec s.

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orthographe

Un de mes anciens élèves préférés me fait remarquer qu’il vaudrait mieux écrire "matinée passée", avec un e. Ne sait-il pas qu’l est autorisé désormais aux plus de 80 ans de décider librement s’ils souhaitent ou non accorder les participes passés ? Allons, parce que je suis concilant, je lui envoie ce e. Content, Jean-Luc ?

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Norvège

Peut-être que pour voir de telles choses cela vaut la peine de mourir en mer.

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Sur l’eau

Oh ! la jolie croisière…

Comme tout le monde ne le sait pas, nous rentrons, Alberte et moi, d’une croisière dans les fjords norvégiens. Et nous avons beaucoup de choses à dire à ce propos. Que nous avons apprécié la beauté des paysages. Mais que nous avons regretté le luxe ostentatoire du paquebot, la laideur de sa décoration, la pollution qu’il provoquait non seulement sur l’environnement mais aussi sur les passagers qui, naïfs comme moi, respiraient à pleins poumons un air chargé de particules fines comme en dégagent un million de voiture. Oui, nous avons regretté le cliquant le gaspillage, l’incitation au jeu. Bref, tout. Sauf les paysages.

Je recopie ci-dessous les notes que je prenais tous les jours. Je ne change pas une virgule, afin d’en garder le côté naïf et spontané.

le jeudi 6 juin 2019, à bord

Nous voilà enfin installés dans le Preziosa. Sans trop de problèmes, même si tout nous déroute. Comme si le siècle avait avancé à grands pas tandis que nous flânions. Hier, à l’hôtel Sheraton, agacés comme nous le supposions par cet américanisme sans âme. Le fric, le fric, le fric !

Vol pour Hambourg ce matin. Quelques turbulences. Mais l’avion ne me fait plus vraiment peur. Transfert en autocar. Heureusement, à l’arrivée, tout ou presque nous est prioritaire. Dîner léger au buffet : salade de légumes puis des fruits. La cabine est moins clinquante que ce que nous craignions. Et le balcon nous séduit.

Après un souper pas trop mauvais ; nous brossons l’opération de sauvetage. Pas trop sérieux de notre part ; c’est vrai. Mais serons-nous sérieux un jour ?

Je pense au Titanic. Je suis le Titanic du pauvre. Condamné à faire naufrage dans un ruisseau.

Nous coulons. Cela ne fait pas vraiment mal.

vendredi 7 juin 2019, à bord

Je bois une bonne bière face à la mer. (Hier soir). Départ à 9h. Nous longeons longtemps la côte. Belles maisons. On nous apporte deux bouteilles de Moet et Chandon. Nous en buvons une au balcon. Avec ça, des fraises enrobées de chocolat.

Nous avons bien dormi, mieux que chez nous ! Mais une mauvaise surprise nous attend au réveil : une lettre du commandant disant qu’il a bien remarqué notre absence, hier, aux exercices de sauvetage, et qu’il nous attend ce matin à 9h15 !

Matinée passé à chercher des médicaments. Quel temps perdu ! Beaucoup de monde qui essaie de faire des emplettes intéressantes. Du whisky bon marché – enfin…

Nous dînons au restaurant "de luxe". Assez fade, tout ça. Mais le plaisir de se dire que tout nous est gratuit !

Nous naviguons en plein brouillard jusqu’à la fin de l’après-midi. Un peu effrayants, ces coups de sirène pour signaler que nous sommes là !

Souper au Buffet, avec un peu de tout, dont des calamars.

samedi 8, à bord

Mauvaise humeur hier soir, à cause du stylo disparu – et retrouvé ce matin, sous le lit. Je lis (ou relis !) un peu de Maupassant avant de passer une mauvaise nuit, me posant trop de questions sur ma sincérité – ou plutôt ma bonne foi.

Réveillé à cinq heures par le soleil… dans un fjord. Enfin !

J’écris ceci de notre balcon. Très en dessous, la petite gare de Flam. Des maisons tranquilles. La propreté.

Presque tous les croisiéristes sont partis. J’ai voulu quitter le navire.

– Quelle excursion, Sir ?

– Aucune.

– Vous voulez quoi ?

– Marcher. Marcher en Norvège.

L’employé m’a dévisagé. Sans doute est-ce la première fois qu’il voit un fou.

Mais alors pour rentrer ! Un vrai contrôle policier.

– Que voulez-vous faire, Sir ?

– Allez dans ma cabine.

– Dans votre cabine ?

– Dans ma cabine.

Ça y est, je suis fiché.

Il fait beau, tiède, rassurant.

dimanche 9 juin, entre Flam et Molde

Nous avons quitté Flam hier soir et nous avons salué ça en buvant au balcon la deuxième bouteille de champagne. Quel fjord magnifique mais sinistre, sombre, rude, avec pratiquement aucune habitation ! Des falaises qui semblent pleines d’esprits mauvais.

Ce matin, navigation dans la brume. Assez effrayante. Arrivée à Molde à 13H. Ville en étages. Ce n’est pas vraiment là qu’on voudrait vivre.

Pluie en fin de journée. Nous partons à 9H.

lundi 10 juin, à Trondheim

Nous sommes arrivés dans ce long laid port plus tôt que prévu. Cette fois notre cabine n’est pas du côté du port et nous n’en pleurons pas car, entre nous et le côté lointain, une île minuscule que l’on voudrait connaître.

Temps gris et frisquet.

Un Mauricien vient de laver le balcon. Voyant que je voulais le photographier, il s’arrête, sourit, prend la pose. Derrière lui, cette île mystérieuse et plus loin les lignes molles de la côte.

Me comprendra-t-on si je dis qu’il manque ici un SDF ?

Même si je comprends le pourquoi des exercices d’alerte, je doute de leur efficacité. Notre cabine est sur le pont 12 et si j’ai bien compris notre lieu de rassemblement sur le 7, secteur F. On vient d’annoncer qu’il est interdit d’emprunter les ascenseurs. Comment Alberte, si immobile, pourrait-elle emprunter ces cinq volées d’escaliers ?

Je reviendrai sur mon avis à propos des croisières. Mais j’ai bien peur que la plupart ne me comprennent pas.

Certitude: les croisières ne me conviennent pas. L’enfermement dans un navire provoque en moi des crises d’angoisse que j’ai du mal à réprimer. Je suis fait pour des promenades dans la campagne, accompagné du chant des rossignols.

Né pour être instituteur de village qui ne quitte son école que dans ses livres.

mardi 11 juin, en mer

Dieu que je n’aime pas la mer agitée ! Toute la nuit, nous avons été bercés et maintenant encore, malgré le soleil, c’est le tango.

J’ai été me promener dans les boutiques: parfums, sacs, montres. Je ne souhaitais qu’un bonnet norvégien avec un ours polaire.

Après le dîner, la mer s’est calmée. A l’horizon, des montagnes qui semblent sans habitants. Le vent est si froid qu’il est impossible de rester au balcon. Les vêtements d’été que nous avons emportés sont inutiles.Il nous faudrait plutôt une pelisse et du vin chaud !

Certes, cette croisière est clinquante et agaçante mais cette Norvège que nous longeons donne envie d’écrire. Le ferais-je sitôt rentré ?

Comme des gens rassurent ! La gentillesse de notre ami Jonathan, Philippin, qui retrouve la veste d’Alberte… Et nous parlons du chocolat belge !

La mer s’est calmée. Nous montons vers le nord.

mercredi 12 juin

La mer a été raisonnable toute la nuit. La côte n’a pas changé, comme si nous faisions du sur place.

Température extérieure : 4°C selon le commandant. Où sont les ours ?

à Tromsö, le jeudi 13 juin

Il a suffi du sang qui coule de mon pied, au saut du lit, pour m’affoler et m’ôter la joie habituelle du déjeuner. Heureusement, je déniche du gel à l’iode, que j’applique sur la plaie et je suis un peu rassuré.

Mais nous n’irons pas marcher dehors comme nous l’avions prévu hier soir.

Le ciel est tout bleu, la mer est calme et les sommets sont couverts de neige.

Au menu du dîner: des ailerons de poulet, un filet de sole et un gâteau aux framboises. On mange mieux ici qu’au buffet d’en haut, mais le style est moins décontracté. Les messages d’Élise me font du bien.

le vendredi 14 juin, en mer

Nos nuits sont peu dormeuses, parce que la nuit ne tombe jamais.

En croisière, on se découvre mieux que dans la salle d’attente d’un dentiste.

Quand je pense que j’ai longtemps rêvé de découvrir l’Amérique après avoir traversé l’océan. Comme j’aurais eu peur ! Comme j’aurais pensé sans cesse à une maisonnette mienne en Normandie, avec des haies et des chèvres.

Une matinée craintive dans une mer "légèrement agitée" ! Je reprends les mots du commandant. Les vagues se sont calmées et le soleil bleuit les vagues.

Nous avons dîné à côté d’un couple flamand avec lequel nous avons parlé de la Belgique. Mêmes idées que nous je pense, sur ces politiciens avides de pouvoirs.

Tout à l’heure, nous irons boire un cocktail près de la petite piscine.

Rien que pour croiser la gentillesse de Jonathan, cette croisière vaut la peine.

samedi 15 juin, à Alesund

Cette femme distinguée (distinguée surtout par mon œil agacé) elle entasse sur son plateau croissants, bolustes et muffins, en croquinette un ou deux en soupirant, laisse le reste.

La vie n’est facile pour personne et il faut bien que les mouettes vivent.

Alesund est un immense port, impressionnant mais pas vraiment beau.

dimanche, en mer

Nous avons quitté Alesund en fin d’après-midi, sous un beau soleil. Longtemps, le paysage a été magnifique. Bon verre de bière au soleil après le souper, mais avant une horrible nuit de cauchemars maritimes. Et dans le brouillard !

Ce matin, Dieu merci, la mer est assez calme et la brume a fini par se dissiper.

J’écrirai un autre jour le résumé de mes impressions.

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