la firma

Je ne sais pas ce qui m’a fait me souvenir de cette anecdote comique. Ce devait être vers 1980, à Florence. A l’époque, je me débrouillais en italien, sans plus.

Je suivais les cours de vacances à l’Université et j’avais besoin d’un abonnement de bus.

Je précise tout de suite, pour mes lecteurs qui ne connaissent pas bien l’italien, que le mot firma veut dire signature et qu’il fait partie de ces faux amis dont il faut se méfier.

Je me présente donc, pas loin du duomo, dans ce bureau de l’ATAF où on pouvait obtenir ces abonnements. Il fallait au préalable remplir une demande. Nom, prénom, date de naissance, adresse à Florence… Et tout en bas : FIRMA.

Ma firme ? Mais d’abord, c’est quoi exactement, une firme ? Dans l’industrie, dans le commerce, oui, on peut avoir une firme. Mais dans l’enseignement ? Je laisse donc la case vierge et tends le formulaire à l’employé.

– Il manque la firma, monsieur. Veuillez l’ajouter, s’il vous plaît.

Je réfléchis le mieux que je peux. Inutile de me débiner : question paperasse, les Italiens s’y connaissent autant que les Allemands. Derrière moi, les gens s’énervent. Bon, de ma plus belle écriture j’écris : Athénée royal de Virton.

L’employé a l’air perplexe.

– Signore, è la sua firma ?

– Ben oui, que je dis, c’est ma firme.

– Non, non, monsieur, ce n’est pas possible. Ce n’est pas une firma.

Il y tenait, le diable. J’hésite puis je biffe l’ancienne firma et j’écris Ministère de l’Education nationale.

L’employé hausse les épaules, me regarde d’un air à la fois perplexe et soupçonneux.

Un collègue l’interroge.

– Quel est le problème ?

– Regarde, Giuseppe. Il dit que c’est sa firma.

– Bah, laisse tomber, Tonino.

Et l’homme conclut en s’éloignant :

– Ah ! ces Français.

Publié dans Non classé. Leave a Comment »

Do you speak Frikish ?

Mon excellent ami Jean-Luc Geoffroy vient d’écrire un article très sensé à propos de l’utilisation des langues. Il l’a fait hélas sur un site que je fréquente peu, à cause des nombreuses fautes de français et des tristes ragots qu’on y trouve. Mais bon…

Il a raison : nous sommes envahis par l’américain (qu’il appelle l’anglais) dans la plupart des domaines, y compris maintenant dans celui de la culture. Que faire ? Ne pas se laisser faire, tiens.

Quand je vais à Londres, je trouve normal, bien sûr, de parler anglais. Ailleurs, non. Je ne veux pas être complice de ce qui est en fait l’invasion du monde par les banques et le fric. Parfois, je n’ai pas le choix et je me résigne, pour survivre. Mais…

Mais comment admettre qu’en Italie on s’adresse à moi en principe en anglais ? Je réponds chaque fois, en italien, que je suis désolé, que je ne parle pas cette langue. On me regarde comme un être étrange venu d’ailleurs. Puis on sourit.

Je me souviens d’une altercation avec un employé des Chemins de fer allemands, dont je ne comprenais pas les explications. Comme je lui demandais s’il parlait français, il prit un air horrifié pour affirmer : "No, sir. German or english. Speak english, please." Je savais, bien sûr, que depuis la Libération, il n’y avait plus de salut dans la proche Germanie que si on parlait la langue des bons Américains.

Je continue ? Comment admettre qu’aux Pays-Bas, si vous parlez comme il se doit en néerlandais, on vous réponde toujours en anglais. ? Et si vous persistez, on soupire. Que croient-ils, ces Hollandais ? Que leur pays est plus grand s’ils parlent la langue de Mr. Trump ?

Dois-je parler de l’éducation donnée à nos jeunes ? Hors de l’anglais, pas de salut. Et cela jusque dans les plus fameuses universités !

Que faire ? Adopter la devise de nos Chasseurs ardennais : Résiste et mords.

Pourtant, une langue universelle, cela réduirait les barrières, supprimerait les conflits, non ? Pas sûr, pas sûr du tout.

Allez, je veux bien. Mais alors une langue pas tributaire des indices boursiers. Le latin, par exemple.

Publié dans Non classé. 4 Comments »

le tilleul

Atteint par le pire des virus, le désespoir, je sors de mes murs pour chercher l’annonce du printemps dans le parc devant chez moi. On ne sait jamais.

Quelques fleurs jaunes dans les talus, dont je ne connais pas le nom. Deux ou trois pâquerettes, en avance ou en retard. Des enfants qui chantent, un peu plus haut.

Et dans le ciel tout bleu, un petit nuage blanc, que le vent épargne.

Plus bas, on a abattu deux très vieux marronniers que j’aimais bien. Très vieux vraiment, avec de pauvres fleurs depuis quelques années et deux ou trois marrons obéissants.

Quelques ouvriers communaux, vêtus d’orange, nettoient les abords des souches. Et un monsieur souriant, leur chef apparemment.

Je lui dis ma tristesse à cause de ces arbres abattus.

– Mais non, monsieur, regardez.

Et il désigne un tout jeune arbre, entre les souches, soutenu par un tuteur docile.

– C’est un tilleul. Il sera trop jeune pour ce printemps, mais attendez. Bientôt, ici, on respirera l’odeur douce de ses fleurs.

Bientôt…

Je descends vers la maison,. J’ai envie de siffloter. Je me retourne. L’homme sourit toujours. Comme un magicien.

Il faut savoir attendre les printemps. Garder l’espoir d’une odeur de tilleul.

Publié dans Non classé. 5 Comments »

académisseries

Un de mes bons anciens élèves tique parce que je lui écris que je vais en vélo, prenant à l’appui de sa remarque que son professeur lui avait appris qu’il faut aller à vélo. Un ancien prof ? Pas moi en tout cas, qui ne me suis jamais soucié des avis de l’Académie. Cette vénérable dernière dit à l’appui de sa thèse qu’on n’est pas dans le vélo comme on est dans une voiture. Et qu’il faut donc rouler à vélo. Malins que vous êtes, va ! Méfiez-vous de ne pas vous retrouver fesses dans la neige parce que vous avez descendu à luge une pente enneigée.

Ce que j’enseignais à mes élèves ? Que si le Bébert s’est cassé la gueule à vélo (ou plutôt à bicyclette), moi, j’adore faire des balades en vélo.

Publié dans Non classé. 2 Comments »

collaboration

Je surprends toujours mes lecteurs quand je leur dis que je déteste écrire. C’est pourtant vrai : j’ai horreur d’être assis devant mon ordinateur, seul, pas sûr que je fais du bon travail, impatient de voir l’oeuvre terminée et prêt à l’abandonner au moindre découragement. Mais j’aime avoir écrit un livre, le voir publié, rencontrer des lecteurs. Pas simple, on le devine, ma situation.

Début juillet 2020, je me suis lancé dans l’écriture d’un court roman pour adolescents. J’étais plein d’enthousiasme mais je devinais bien ce qui allait se passer : après quelques jours, j’allais freiner, bâiller, laisser tomber. Eh bien non. Dès le début, j’ai eu la chance d’avoir un formidable assistant, un garçon de douze ans qui, tout de suite, m’a prodigué des remarques, des suggestions,des encouragements. Régulièrement, il m’écrivait qu’il attendait la suite, conseillait l’un ou l’autre changement, était vraiment le lecteur que j’attendais.

Fin juillet, le roman était terminé. Et, ma foi, j’en suis content. Il me semble avoir fait du bon travail. Il reste à espérer qu’un éditeur pensera comme moi !

Ce roman n’aurait jamais été écrit sans l’aide quasi quotidienne, sans l’enthousiasme de mon jeune lecteur. Le titre du roman, je le dirai plus tard, quand j’aurai eu un signe de l’éditeur. Mais le nom de mon lecteur, je veux l’écrire tout de suite. Et ce sera un bien petit merci à côté de ce qu’il a fait.

Il s’appelle Lenni Coppola. Retenez bien ce nom, on en reparlera !

Publié dans Non classé. Commentaires fermés sur collaboration
%d blogueurs aiment cette page :