words, words

Je lis ceci dans le Journal du cher Jules Renard :

Les mots : la monnaie d’une phrase. Il ne faut pas que ça encombre. On a toujours trop de monnaie.

Voilà pourquoi je ne mets pas trop de mots dans mes romans !

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orthographe

Un de mes bons amis, excellent instituteur, se plaint du niveau des stagiaires qu’il accueille dans sa classe. Hélas, le phénomène n’est pas nouveau, mais il a tendance à s’aggraver.

Je me souviens d’un instituteur d’une école de Nivelles, qui, au début des années 60, nous accueillait pour nous donner des leçons "modèles" (à l’époque, un régent pouvait aussi enseigner à l’école primaire, en cas de besoin). Ce maître nous était décrit comme un excellent enseignant.

Un jour, il nous expliqua, devant ses élèves, qu’on acquérait mieux l’orthographe si l’on groupait les problèmes. En quoi il n’avait pas tort. Il avait donc écrit au tableau :

gâteau, château, râteau

Puis il dit à ses élèves de retenir que le brave jardinier du château, quand il avait fini de s’occuper des allées avec son râteau, avait droit à un morceau de gâteau.

Pourquoi pas ?

Précisant que le châtelain avait un bateau, il y ajouta ce mot, qu’il surmonta d’un accent circonflexe. Plouf ! Comme il passait près de moi, je lui glissai à l’oreille que bateau n’avait pas de chapeau. Il hésita, fronça les sourcils puis effaça l’embarcation.

Ouf ! Les élèves n’avaient pas encore eu le temps de graver la faute dans leur cerveau.

Un autre jour… L’inspection insistait, à cette époque, sur la nécessité de faire des "leçons de choses". Bon disciple, le maître avait apporté un morceau de grès, qu’il fit passer de banc en banc. Bonne idée. Moins bonne idée d’écrire ensuite au tableau "au grès du vent".

Cette fois aussi, je vins à son secours. Mais il se contenta de hausser les épaules, laissant l’expression au tableau, tandis que je me demandais comment un morceau de grès pouvait voler dans le vent…

Des années plus tard, invité comme écrivain dans une classe qui avait lu un de mes textes, je vis avec effroi l’institutrice écrire au tableau :

J’ai achetée une horloge.

Je lui fis signe de venir près de moi et lui signalai la faute. Elle se mit à rire, retourna près du tableau et dit à la classe :

– Ah ah ah ! Monsieur Raucy croit que j’ai fait une faute. Il ne pense pas que le pronom j’ peut représenter une femme.

Ben voyons !

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nul n’est prophète…

La Province de Liège vient de publier un dictionnaire des auteurs liégeois. Avec surprise et ma foi une certaine fierté, je découvre que j’y figure, abondamment cité bien que né à Vieux-Virton. Ces jours-ci, j’apprends aussi que la ville de Virton a placé sur les pare-brise des voitures de petits billets avec des poèmes plutôt que… des contraventions. Belle initiative… qui m’a ignoré ! Fâché ? Vexé ? Triste plutôt.

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la firma

Je ne sais pas ce qui m’a fait me souvenir de cette anecdote comique. Ce devait être vers 1980, à Florence. A l’époque, je me débrouillais en italien, sans plus.

Je suivais les cours de vacances à l’Université et j’avais besoin d’un abonnement de bus.

Je précise tout de suite, pour mes lecteurs qui ne connaissent pas bien l’italien, que le mot firma veut dire signature et qu’il fait partie de ces faux amis dont il faut se méfier.

Je me présente donc, pas loin du duomo, dans ce bureau de l’ATAF où on pouvait obtenir ces abonnements. Il fallait au préalable remplir une demande. Nom, prénom, date de naissance, adresse à Florence… Et tout en bas : FIRMA.

Ma firme ? Mais d’abord, c’est quoi exactement, une firme ? Dans l’industrie, dans le commerce, oui, on peut avoir une firme. Mais dans l’enseignement ? Je laisse donc la case vierge et tends le formulaire à l’employé.

– Il manque la firma, monsieur. Veuillez l’ajouter, s’il vous plaît.

Je réfléchis le mieux que je peux. Inutile de me débiner : question paperasse, les Italiens s’y connaissent autant que les Allemands. Derrière moi, les gens s’énervent. Bon, de ma plus belle écriture j’écris : Athénée royal de Virton.

L’employé a l’air perplexe.

– Signore, è la sua firma ?

– Ben oui, que je dis, c’est ma firme.

– Non, non, monsieur, ce n’est pas possible. Ce n’est pas une firma.

Il y tenait, le diable. J’hésite puis je biffe l’ancienne firma et j’écris Ministère de l’Education nationale.

L’employé hausse les épaules, me regarde d’un air à la fois perplexe et soupçonneux.

Un collègue l’interroge.

– Quel est le problème ?

– Regarde, Giuseppe. Il dit que c’est sa firma.

– Bah, laisse tomber, Tonino.

Et l’homme conclut en s’éloignant :

– Ah ! ces Français.

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Do you speak Frikish ?

Mon excellent ami Jean-Luc Geoffroy vient d’écrire un article très sensé à propos de l’utilisation des langues. Il l’a fait hélas sur un site que je fréquente peu, à cause des nombreuses fautes de français et des tristes ragots qu’on y trouve. Mais bon…

Il a raison : nous sommes envahis par l’américain (qu’il appelle l’anglais) dans la plupart des domaines, y compris maintenant dans celui de la culture. Que faire ? Ne pas se laisser faire, tiens.

Quand je vais à Londres, je trouve normal, bien sûr, de parler anglais. Ailleurs, non. Je ne veux pas être complice de ce qui est en fait l’invasion du monde par les banques et le fric. Parfois, je n’ai pas le choix et je me résigne, pour survivre. Mais…

Mais comment admettre qu’en Italie on s’adresse à moi en principe en anglais ? Je réponds chaque fois, en italien, que je suis désolé, que je ne parle pas cette langue. On me regarde comme un être étrange venu d’ailleurs. Puis on sourit.

Je me souviens d’une altercation avec un employé des Chemins de fer allemands, dont je ne comprenais pas les explications. Comme je lui demandais s’il parlait français, il prit un air horrifié pour affirmer : "No, sir. German or english. Speak english, please." Je savais, bien sûr, que depuis la Libération, il n’y avait plus de salut dans la proche Germanie que si on parlait la langue des bons Américains.

Je continue ? Comment admettre qu’aux Pays-Bas, si vous parlez comme il se doit en néerlandais, on vous réponde toujours en anglais. ? Et si vous persistez, on soupire. Que croient-ils, ces Hollandais ? Que leur pays est plus grand s’ils parlent la langue de Mr. Trump ?

Dois-je parler de l’éducation donnée à nos jeunes ? Hors de l’anglais, pas de salut. Et cela jusque dans les plus fameuses universités !

Que faire ? Adopter la devise de nos Chasseurs ardennais : Résiste et mords.

Pourtant, une langue universelle, cela réduirait les barrières, supprimerait les conflits, non ? Pas sûr, pas sûr du tout.

Allez, je veux bien. Mais alors une langue pas tributaire des indices boursiers. Le latin, par exemple.

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