Sur l’eau

Oh ! la jolie croisière…

Comme tout le monde ne le sait pas, nous rentrons, Alberte et moi, d’une croisière dans les fjords norvégiens. Et nous avons beaucoup de choses à dire à ce propos. Que nous avons apprécié la beauté des paysages. Mais que nous avons regretté le luxe ostentatoire du paquebot, la laideur de sa décoration, la pollution qu’il provoquait non seulement sur l’environnement mais aussi sur les passagers qui, naïfs comme moi, respiraient à pleins poumons un air chargé de particules fines comme en dégagent un million de voiture. Oui, nous avons regretté le cliquant le gaspillage, l’incitation au jeu. Bref, tout. Sauf les paysages.

Je recopie ci-dessous les notes que je prenais tous les jours. Je ne change pas une virgule, afin d’en garder le côté naïf et spontané.

le jeudi 6 juin 2019, à bord

Nous voilà enfin installés dans le Preziosa. Sans trop de problèmes, même si tout nous déroute. Comme si le siècle avait avancé à grands pas tandis que nous flânions. Hier, à l’hôtel Sheraton, agacés comme nous le supposions par cet américanisme sans âme. Le fric, le fric, le fric !

Vol pour Hambourg ce matin. Quelques turbulences. Mais l’avion ne me fait plus vraiment peur. Transfert en autocar. Heureusement, à l’arrivée, tout ou presque nous est prioritaire. Dîner léger au buffet : salade de légumes puis des fruits. La cabine est moins clinquante que ce que nous craignions. Et le balcon nous séduit.

Après un souper pas trop mauvais ; nous brossons l’opération de sauvetage. Pas trop sérieux de notre part ; c’est vrai. Mais serons-nous sérieux un jour ?

Je pense au Titanic. Je suis le Titanic du pauvre. Condamné à faire naufrage dans un ruisseau.

Nous coulons. Cela ne fait pas vraiment mal.

vendredi 7 juin 2019, à bord

Je bois une bonne bière face à la mer. (Hier soir). Départ à 9h. Nous longeons longtemps la côte. Belles maisons. On nous apporte deux bouteilles de Moet et Chandon. Nous en buvons une au balcon. Avec ça, des fraises enrobées de chocolat.

Nous avons bien dormi, mieux que chez nous ! Mais une mauvaise surprise nous attend au réveil : une lettre du commandant disant qu’il a bien remarqué notre absence, hier, aux exercices de sauvetage, et qu’il nous attend ce matin à 9h15 !

Matinée passé à chercher des médicaments. Quel temps perdu ! Beaucoup de monde qui essaie de faire des emplettes intéressantes. Du whisky bon marché – enfin…

Nous dînons au restaurant "de luxe". Assez fade, tout ça. Mais le plaisir de se dire que tout nous est gratuit !

Nous naviguons en plein brouillard jusqu’à la fin de l’après-midi. Un peu effrayants, ces coups de sirène pour signaler que nous sommes là !

Souper au Buffet, avec un peu de tout, dont des calamars.

samedi 8, à bord

Mauvaise humeur hier soir, à cause du stylo disparu – et retrouvé ce matin, sous le lit. Je lis (ou relis !) un peu de Maupassant avant de passer une mauvaise nuit, me posant trop de questions sur ma sincérité – ou plutôt ma bonne foi.

Réveillé à cinq heures par le soleil… dans un fjord. Enfin !

J’écris ceci de notre balcon. Très en dessous, la petite gare de Flam. Des maisons tranquilles. La propreté.

Presque tous les croisiéristes sont partis. J’ai voulu quitter le navire.

– Quelle excursion, Sir ?

– Aucune.

– Vous voulez quoi ?

– Marcher. Marcher en Norvège.

L’employé m’a dévisagé. Sans doute est-ce la première fois qu’il voit un fou.

Mais alors pour rentrer ! Un vrai contrôle policier.

– Que voulez-vous faire, Sir ?

– Allez dans ma cabine.

– Dans votre cabine ?

– Dans ma cabine.

Ça y est, je suis fiché.

Il fait beau, tiède, rassurant.

dimanche 9 juin, entre Flam et Molde

Nous avons quitté Flam hier soir et nous avons salué ça en buvant au balcon la deuxième bouteille de champagne. Quel fjord magnifique mais sinistre, sombre, rude, avec pratiquement aucune habitation ! Des falaises qui semblent pleines d’esprits mauvais.

Ce matin, navigation dans la brume. Assez effrayante. Arrivée à Molde à 13H. Ville en étages. Ce n’est pas vraiment là qu’on voudrait vivre.

Pluie en fin de journée. Nous partons à 9H.

lundi 10 juin, à Trondheim

Nous sommes arrivés dans ce long laid port plus tôt que prévu. Cette fois notre cabine n’est pas du côté du port et nous n’en pleurons pas car, entre nous et le côté lointain, une île minuscule que l’on voudrait connaître.

Temps gris et frisquet.

Un Mauricien vient de laver le balcon. Voyant que je voulais le photographier, il s’arrête, sourit, prend la pose. Derrière lui, cette île mystérieuse et plus loin les lignes molles de la côte.

Me comprendra-t-on si je dis qu’il manque ici un SDF ?

Même si je comprends le pourquoi des exercices d’alerte, je doute de leur efficacité. Notre cabine est sur le pont 12 et si j’ai bien compris notre lieu de rassemblement sur le 7, secteur F. On vient d’annoncer qu’il est interdit d’emprunter les ascenseurs. Comment Alberte, si immobile, pourrait-elle emprunter ces cinq volées d’escaliers ?

Je reviendrai sur mon avis à propos des croisières. Mais j’ai bien peur que la plupart ne me comprennent pas.

Certitude: les croisières ne me conviennent pas. L’enfermement dans un navire provoque en moi des crises d’angoisse que j’ai du mal à réprimer. Je suis fait pour des promenades dans la campagne, accompagné du chant des rossignols.

Né pour être instituteur de village qui ne quitte son école que dans ses livres.

mardi 11 juin, en mer

Dieu que je n’aime pas la mer agitée ! Toute la nuit, nous avons été bercés et maintenant encore, malgré le soleil, c’est le tango.

J’ai été me promener dans les boutiques: parfums, sacs, montres. Je ne souhaitais qu’un bonnet norvégien avec un ours polaire.

Après le dîner, la mer s’est calmée. A l’horizon, des montagnes qui semblent sans habitants. Le vent est si froid qu’il est impossible de rester au balcon. Les vêtements d’été que nous avons emportés sont inutiles.Il nous faudrait plutôt une pelisse et du vin chaud !

Certes, cette croisière est clinquante et agaçante mais cette Norvège que nous longeons donne envie d’écrire. Le ferais-je sitôt rentré ?

Comme des gens rassurent ! La gentillesse de notre ami Jonathan, Philippin, qui retrouve la veste d’Alberte… Et nous parlons du chocolat belge !

La mer s’est calmée. Nous montons vers le nord.

mercredi 12 juin

La mer a été raisonnable toute la nuit. La côte n’a pas changé, comme si nous faisions du sur place.

Température extérieure : 4°C selon le commandant. Où sont les ours ?

à Tromsö, le jeudi 13 juin

Il a suffi du sang qui coule de mon pied, au saut du lit, pour m’affoler et m’ôter la joie habituelle du déjeuner. Heureusement, je déniche du gel à l’iode, que j’applique sur la plaie et je suis un peu rassuré.

Mais nous n’irons pas marcher dehors comme nous l’avions prévu hier soir.

Le ciel est tout bleu, la mer est calme et les sommets sont couverts de neige.

Au menu du dîner: des ailerons de poulet, un filet de sole et un gâteau aux framboises. On mange mieux ici qu’au buffet d’en haut, mais le style est moins décontracté. Les messages d’Élise me font du bien.

le vendredi 14 juin, en mer

Nos nuits sont peu dormeuses, parce que la nuit ne tombe jamais.

En croisière, on se découvre mieux que dans la salle d’attente d’un dentiste.

Quand je pense que j’ai longtemps rêvé de découvrir l’Amérique après avoir traversé l’océan. Comme j’aurais eu peur ! Comme j’aurais pensé sans cesse à une maisonnette mienne en Normandie, avec des haies et des chèvres.

Une matinée craintive dans une mer "légèrement agitée" ! Je reprends les mots du commandant. Les vagues se sont calmées et le soleil bleuit les vagues.

Nous avons dîné à côté d’un couple flamand avec lequel nous avons parlé de la Belgique. Mêmes idées que nous je pense, sur ces politiciens avides de pouvoirs.

Tout à l’heure, nous irons boire un cocktail près de la petite piscine.

Rien que pour croiser la gentillesse de Jonathan, cette croisière vaut la peine.

samedi 15 juin, à Alesund

Cette femme distinguée (distinguée surtout par mon œil agacé) elle entasse sur son plateau croissants, bolustes et muffins, en croquinette un ou deux en soupirant, laisse le reste.

La vie n’est facile pour personne et il faut bien que les mouettes vivent.

Alesund est un immense port, impressionnant mais pas vraiment beau.

dimanche, en mer

Nous avons quitté Alesund en fin d’après-midi, sous un beau soleil. Longtemps, le paysage a été magnifique. Bon verre de bière au soleil après le souper, mais avant une horrible nuit de cauchemars maritimes. Et dans le brouillard !

Ce matin, Dieu merci, la mer est assez calme et la brume a fini par se dissiper.

J’écrirai un autre jour le résumé de mes impressions.

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les participes dépassés

D’après les conversations que j’ai entendues dans le bus, la grosse préoccupation de mes concitoyens, c’est l’accord du participe passé avec avoir. Après les chaleurs que nous avons connues cet été, je comprends que l’on ait besoin de sujets plus frivoles. Je comprends mais je m’énerve quand même un peu. Que des gens qui se disent sérieux (et anciens profs de surcroît !) passent leur temps à disserter sur cette calamité linguistique, c’est un peu effrayant. Rien d’autre de plus urgent à se mettre sous la dent à une époque où la ponctuation est si malmenée, où le vocabulaire joue à la peau de chagrin, avec des connaissances littéraires que l’on a connues plus profondes ? A ce propos, j’aime bien (non, je n’aime pas) l’argument qui dit que l’on aura plus de temps à consacrer à des choses utiles ! A quoi ? A jouer sur internet ? Soyez sûrs que chaque leçon d’analyse que l’on aura supprimée (car c’est bien de ça qu’il s’agit) ne sera jamais remplacée par une étude sérieuse de la langue et de la culture. Ils y croient vraiment ?

Et puis, je m’interroge. J’ai enseigné pendant bien plus de trente ans et je sais donc un peu de quoi je parle. Sur une année scolaire, combien d’heures ai-je consacrées à ce malheureux accord ? Deux heures ? Un crime, n’est-ce pas ?

Mais supprimons, allégeons : nos élèves y gagneront en bêtise. Et puisqu’il faut supprimer, je propose que l’on raye le futur de toutes les conjugaisons. D’ailleurs, avec la situation de la planète, quel futur avons-nous ? Oui, à bas le futur simple qui ne l’était d’ailleurs que par son nom. Et puis, on cassera la figure au conditionnel. Le subjonctif est déjà presque oublié. Tant mieux. Et l’infinitif, c’est si beau, non ?

Vous me suivre ?

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examens, suite et fin

Je reviens aux examens : c’en est hélas la saison…

Dans les réactions qu’a provoquées mon premier billet, il apparaît souvent que je devrais être heureux, moi, d’avoir pu me la couler douce à l’école, vu que je me rattrapais aux examens, où j’avais de bons points qui s’ajoutaient aux mauvais. C’est un fait, mais quel dommage !

Quelle mauvaise préparation à la vie ! Car la vie, ce n’est pas, ce ne devrait pas être un effort de temps en temps mais au contraire un travail régulier, sans stress, sans battements de cœur. C’est tous les jours que l’on doit faire sa besogne de citoyen ou de parent ou de n’importe quoi.

Mais j’ai d’autres reproches à faire aux examens. J’en ai connu de ces profs qui osaient dire aux élèves : "On se reverra aux examens." Comme si c’est d’une vengeance qu’il s’agissait. Une façon peut-être de devenir pendant quelques heures le maître qu’ils n’avaient pas su être tout au long des semaines. Bien triste, ça.

Pense-t-on assez également au temps perdu, un temps précieux qui aurait pu être utilisé à travailler, à réfléchir, à s’enrichir intellectuellement ? Sans exagérer, il me semble qu’on peut dire que le mois de juin est entièrement perdu à cause de ces examens ! Un mois !

Mais il faut bien juger les élèves, n’est-ce pas ? Ah bon ? Qui croit réellement que c’est sur une épreuve que l’on peut jauger les connaissances d’un enfant, ses aptitudes réelles ? Que fait-on du hasard, de la chance, de la tricherie


?

Dans mon métier, j’ai connu quelques années sans examens. Pas beaucoup, hélas.. Ce furent les meilleures. Mais ce sont les parents qui ont réclamé à cor et à cri ces épreuves de fin d’année ! Et, bien sûr, les profs dont j’ai parlé plus haut, à qui on enlevait une arme suprême.

Par la fenêtre, je vois des ados dans la rue : ceux qui ont réussi et courent l’annoncer et ceux qui ont raté, de leur faute ou non, et galopent vers quoi ? Vers quelle consolation ?

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Portrait

Il m’arrive parfois de regarder de vieilles photos de moi. Bébé, je ne me reconnais pas. Enfant, je voudrais être mon ami. Adolescent… Adolescent, trop grand, trop maigre, trop maladroit… Et puis ? Et puis, me regardant, bien obligé dans le miroir lors de ma toilette, je me trouve si vieux que je me plains. Pourtant, il y a de moi un portrait où je me sens vraiment moi. Un peu triste, toujours un peu triste. Un peu moqueur, toujours un peu moqueur pour éviter qu’on ne le soit à mon égard. Un portrait, oui, que je trouve tout à fait fidèle.

Il est dû au pinceau de mon ami Gabriel Loriers. Me connaîtrait-il si bien ? En tout cas, je le remercie pour avoir ajouté des cerises, soulignant ainsi de manière discrète ma gourmandise féroce.

Ce portrait de Gabriel, c’est le seul portrait fidèle à l’essentiel.

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examens tours de crétins

J’ai sept raisons pour affirmer que les examens sont une véritable nuisance, qui ne fabrique que des détraqués et des fainéants. La première raison, c’est moi. J’ai toujours été un élève attentif en classe mais très paresseux face aux leçons et aux devoirs. Cependant, à la fin de l’année, il me fallait un minimum de points et, si je me souviens bien, les examens comptaient pour le tiers (si pas la moitié) des points de l’année. Donc, après neuf mois et demi de farniente, je consacrais une semaine à étudier. J’avais une excellente mémoire. En quelques heures, je mémorisais tout un cours. Et je me payais pas mal de points, ce qui m’évitait d’être le dernier de la classe. C’est comme cela que j’ai appris à ne rien faire.

Voilà la première raison.

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Instits

La mort est toujours bouleversante. Sauf sa mort propre, puisqu’on n’y assiste jamais.

Ces trois personnes tuées mardi à Liège par un fanatique, comment ne pas y penser et en être malheureux ? Deux femmes abattues en faisant leur travail, leur devoir. Et le troisième par hasard, stupidement, parce qu’il était là.

C’est cette troisième mort qui me rend le plus triste et me bouleverse. Ce Cyril qui est mort sous les balles d’un fou, ce Cyril que je ne connaîtrai jamais, comme il devait vivre ! On le dira jamais assez, et on ne le dit guère : la seule vraie arme contre les terroristes, c’est l’éducation. Toutes les autres n’ont jamais servi à rien, qu’à protéger, ce qui n’est déjà pas mal, bien sûr, et que je salue. Soldats et policiers, oui, ils nous protègent. Provisoirement. Cyril, lui, allait être de ceux qui nous protègent réellement, puisqu’il allait être, puisqu’il aurait dû être instituteur.

J’en connais quelques-uns de ces maîtres qui travaillent dans les classes primaires, celles où tout se joue. J’en connais quelques-uns qui font partie de mes plus chers amis. Quelques-uns qui ne se doutent pas qu’ils font ce que personne d’autre ne pourra vraiment faire à leur place : éduquer des petits d’homme, leur apprendre que la vie est belle mais qu’elle a des règles qu’il faut respecter. Ces règles que le tueur fou n’a jamais apprises.

Cyril allait être de ces hommes indispensables dont notre société a tant besoin.

Il allait être de ces précieux jardiniers des esprits qu’on ne salue jamais assez.

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Tenue

Les élèves de mon école préférée (Saint-Augustin à Enghien, pour ne pas la citer) ont récemment manifesté pour pouvoir venir aux cours en bermuda. Une chère amie prof dans cet établissement me demande si je le sais. Comment ne pas le savoir : la presse en fait ses choux aux lardons ! Ce que j’en pense ? A partir du moment où les filles ont le droit de porter des pantalons, pourquoi les garçons ne pourraient-ils venir en jupe ou… en bermuda ? Je plaisante ? A peine. Ceci dit, je pense que l’habit fait le moine. Qu’un prof ne s’habille pas pour rencontrer ses élèves comme quelqu’un qui va traire ses vaches et qu’en somme… Et qu’en somme, oui, c’est l’équipe éducative qui doit décider. Ah bon ? Ah oui ! Et ceux qui ne sont pas contents de la tenue de l’école (tenue, c’est le mot qu’il faut) n’ont qu’à choisir un autre établissement. Affaire à suivre…

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