neige

Photo Sabine Close

De mon bureau, je regarde la neige qui tombe. Je suis heureux.

Longtemps, je me suis demandé pourquoi la neige était pour moi le seul vrai synonyme de bonheur, pourquoi quand le ciel est gris, de ce gris plombé qui seul annonce les flocons, je sens mon cœur battre plus vite, comme à l’annonce d’une bonne nouvelle. Pourquoi les flocons qui s’éparpillent dans le ciel me racontent des après-midi au milieu d’une classe douce où le bois crépite dans le poêle, des bonhommes de neige au visage familier, des boulets de paix qui ne seraient remplacés, au printemps, que par d’inoffensives balles de primevères. Et le choc obstiné des bottines qui s’ébrouent sur le seuil, annonçant mieux que des clochettes des visites amies. Pourquoi, oui pourquoi cette joie qui m’envahit et me submerge comme une vague de tendresse ?

Et j’ai retrouvé. Décembre 1944. Alors que pas si loin, à Bastogne, le sang tache la neige, chez moi, à Vieux-Virton, je vis avec des parents qui m’aiment et toute une famille qui me comble d’affection. Mon père et ma mère sont encore de grands enfants. Ils partagent mes jeux dans la neige. Mon père m’a confectionné un traîneau un peu trop haut mais qui ne bascule que pour nous faire éclater de rire. Ma grand-mère aussi est restée jeune. Elle sort en robe dans la neige, insensible au froid, et pendant cinq minutes partage mes jeux avant de se réfugier dans sa cuisine où, j’en suis sûr, elle me préparera la plus délicieuse des friandises de guerre. Comme on m’aime !

Jamais plus je ne serai heureux comme en ces jours de fin décembre 44. Mais la neige reviendra parfois me dire qu’il faut croire au bonheur.

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Saint-Nicolas

Saint-Nicolas

Tout ce qui me rappelle l’enfance a pour moi une valeur exceptionnelle. La neige qui est venue en avance cette année et qui reste poliment. Cet après-midi où pendant une heure j’ai été saint Nicolas. Les yeux émerveillés des enfants, leurs promesses qu’ils ne tiendront pas d’être bien sages, leurs menottes tendues hardiment pour certains, très timidement pour d’autres, oui, cela vaut bien d’avoir chaud sous ces cheveux mal fixés et cette barbe qui perd ses poils sur la langue, et de trembler pour une mitre qui s’accroche au chambranle et au lustre.
Je serai toujours sage pour avoir des bonbons, c’est sûr. Et moi, contrairement à ces pères laïques combattants qui avaient emmené leurs bambins voir le grand saint, je dirai mes prières !

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jalousie

Photo de Benjamin Stassen

Suis-je facilement jaloux ? Je ne crois pas. Le bonheur des autres me comble le coeur. Leur joie me fait sourire. Sauf peut-être… Oui, autant l’avouer : ces arbres que j’aime comme j’aime peu de choses, j’en suis jaloux comme il n’est pas possible. Je vois leur automne flamboyant, leurs rires de feuilles qui s’amusent et se déguisent. Je sais que l’hiver les verra plus riches encore si vient la neige. Je sais qu’ils feront semblant d’être morts, les grands farceurs, et qu’à l’intérieur, en secret des merles et des papillons, ils feront des projets de printemps. Et puis d’été, et puis d’automne, et puis… Moi qui ai un automne sans feuilles mortes, avec seulement quelques cheveux blancs qui s’attardent et me narguent, je sais bien que mon hiver ne sera suivi d’aucun printemps. Et cela me rend triste, à cause des cerises qui ne viendront plus jamais. Et des merles qui les chercheront en vain.

Mairie de Gatineau et ambassade de Belgique au Canada.

Claude Raucy reçu officiellement par la mairie de Gatineau et l'ambassade de Belgique au Canada.

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Dans le parc de la Gatineau.

Claude Raucy dans le parc de la Gatineau (au bord du lac Pink, qui est… vert).

Photo : Loïse Lavallée.

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Claude Raucy avec l’auteur québécois Michel Lavoie, à Radio Canada le 10 août 2010, à Ottawa.

Photo prise par Loïse Lavallée.

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