viennoiseries

Je ne vais pas raconter ici tous les mots d’enfant que j’entends ! Pourtant, celui de mon petit-fils Ernest (4 ans) me ravit tellement que je ne résiste pas.
Tout fier de ce qu’il a appris à l’école, il dit à sa maman : »Tu sais, maman, que la lune, c’est un petit pain au chocolat ? »
Sa maman le regarde, sans comprendre.
– Un petit pain au chocolat ?
– Ben oui… Oh non, je me trompe : un croissant.

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notes de voyage

Venise, 16 janvier 2011.
Redécouvrir Venise, ne sachant quoi écrire qui ne l’ait été déjà, certes, mais avec un émerveillement que ne tempèrent pas les années. Vendredi sous la brume. Hier sous un soleil glacial de janvier.
La joie d’être reconnu est-elle immense pour chacun ? Je l’éprouve ici; non d’être salué comme artiste ou comme romancier qu’on apprécie, mais seulement revu par des yeux qui se souviennent : ceux d’une marchande de queues de lotte ou d’un serveur du San Trovaso.
Venise, pour moi, c’est la faculté d’engloutir avec la même gourmandise une oeuvre de Lorenzo Lotto ou des castraure, ces petits artichauts qui se laissent dévorer comme des gamines.

17 janvier
Pour moi, les deux plus beaux chefs-d’oeuvre de Venise sont la Tempesta de Giogione et les glaces de Millevoglia, cet artisan de génie qui vend la gourmandise à l’ombre des Frari. Entre les deux, le choix m’est impossible
Est-ce cette tenace brume vénitienne qui m’a décidé à reprendre l’idée du troisième tome de Lorenzo ? Ce Willaert que je veux faire vivre dans Le maître de San Marco, je lui consacrerai un mois de séjour vénitien. En automne ? D’abord, me baigner dans sa musique sans m’y noyer.

18 janvier
J’aime marcher seul, à mon rythme, qui est celui d’un renard vagabond. A Venise particulièrement, sauter du vaporetto vers une ruelle où ne pas me perdre, flâner dans la brume comme un cousin éloigné des doges, quelle jouissance !
Il faut bien que j’apprenne le vénitien si je veux finir mes jours à la terrasse des fratelli Roberto et Franco. Je retiens aujourd’hui lo go sula gorda, je ne le digère pas. Je n’ai pas bonne digestion, en effet, pour les ratatouilles piquantes des amis et de la famille.

19 janvier
Je suis heureux de ne jamais me souvenir du nom de cet architecte -mondialement célèbre, pourtant-, qui a dessiné le pont qui relie maintenant la gare Santa Lucia au piazzale Roma. Laid et dangereux, on dit qu’il a coûté gros. Du même architecte, nid à courants d’air et pas belle, la nouvelle gare de Liège Guillemins. La moindre brique de Venise a plus de prix à mes yeux.

20 janvier
Le Flamand de Bruges : c’est comme cela qu’on appelait Willaert quand il dirigeait les choeurs de San Marco. Est-ce un bon titre pour mon roman ? Je ne sais rien sur lui, que sa musique. J’en ferai ce que je voudrai.
La brume a quitté Vense. Les palais retrouvent leurs bonnes couleurs. « Tu as de bonnes couleurs » : c’est ce qu’on me disait, enfant, pour saluer ma supposée bonne santé.

Kandersteg, 21 janvier
La Suisse est vraiment un pays de contrastes. Ciel bleu à Brig et, passé le tunnel, de la neige à perdre flocons. Ma foi, je ne m’en plaindrai pas.

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Sagesse (suite)

Si j’en juge par les réactions de deux de mes amis
québécois, on ne me comprend pas toujours vraiment… Je suis
d’accord avec eux pourtant : il faut, quand on écrit, d’abord se
plaire à soi. Mais – je parle surtout pour le romancier – si le
lecteur n’a pas de plaisir, eh bien le roman est raté ! Donc, cher
confrère romancier, ne te prends pas pour Dieu le Père en imaginant
que toute parole qui sort de ta bouche est une merveille ! Ou
alors, tu restes un ado attardé – même si c’est sympa – et pas un
écrivain qui connaît sa technique et qui sait s’en servir. Ils
m’agacent, ces gens qui couchent avec l’Éternel et qui poussent de
petits cris de jouissance quand un texte est tellement confus qu’on
n’y comprend rien. Un bon romancier, pour moi, c’est quelqu’un qui
sait raconter une histoire. Si le public bâille, on a raté sa
cible. Suis-je un peu plus clair ?

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Sagesse

Quand j’avais vingt ans, je croyais sublimes tous les mots que j’écrivais et rayer une ligne d’un de mes textes m’arrachait des larmes.

Un demi-siècle plus tard, j’ai compris. La sagesse n’est pas d’ajouter des adverbes, mais de les supprimer. Et de détruire courageusement, dans un roman, tout ce qui risque de ne pas plaire au lecteur. Car, les classiques l’ont compris depuis longtemps, il n’est qu’une vraie loi littéraire : plaire.

C’est pourquoi, après les conseils de mon ami Alain Bertrand, j’ai tant de plaisir à revoir les pages de ma petite saga Le pain du diable, pour biffer des états d’âme inutiles et ajouter un peu de gomina sur les cheveux de mon héros.

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neige

Photo Sabine Close

De mon bureau, je regarde la neige qui tombe. Je suis heureux.

Longtemps, je me suis demandé pourquoi la neige était pour moi le seul vrai synonyme de bonheur, pourquoi quand le ciel est gris, de ce gris plombé qui seul annonce les flocons, je sens mon cœur battre plus vite, comme à l’annonce d’une bonne nouvelle. Pourquoi les flocons qui s’éparpillent dans le ciel me racontent des après-midi au milieu d’une classe douce où le bois crépite dans le poêle, des bonhommes de neige au visage familier, des boulets de paix qui ne seraient remplacés, au printemps, que par d’inoffensives balles de primevères. Et le choc obstiné des bottines qui s’ébrouent sur le seuil, annonçant mieux que des clochettes des visites amies. Pourquoi, oui pourquoi cette joie qui m’envahit et me submerge comme une vague de tendresse ?

Et j’ai retrouvé. Décembre 1944. Alors que pas si loin, à Bastogne, le sang tache la neige, chez moi, à Vieux-Virton, je vis avec des parents qui m’aiment et toute une famille qui me comble d’affection. Mon père et ma mère sont encore de grands enfants. Ils partagent mes jeux dans la neige. Mon père m’a confectionné un traîneau un peu trop haut mais qui ne bascule que pour nous faire éclater de rire. Ma grand-mère aussi est restée jeune. Elle sort en robe dans la neige, insensible au froid, et pendant cinq minutes partage mes jeux avant de se réfugier dans sa cuisine où, j’en suis sûr, elle me préparera la plus délicieuse des friandises de guerre. Comme on m’aime !

Jamais plus je ne serai heureux comme en ces jours de fin décembre 44. Mais la neige reviendra parfois me dire qu’il faut croire au bonheur.

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