fable numéro 1

La petite poule n’avait jamais été un modèle d’exactitude. Elle était très douée pour prendre son temps, comme elle disait. « Il est à moi, le temps : j’en fais ce que je veux. » Elle devait s’en mordre les pattes, comme on va le voir. Un matin de mars que le ciel hésitait entre giboulée et soleillade, la petite poule se souvint qu’elle avait rendez-vous avec le coq du bas de la rue. Chemin faisant, elle huma avec passion les premières violettes, s’attarda à regarder les chatons d’un saule adolescent et écouta longtemps, bec en l’air, les demi-pauses de précoces hirondelles. Arriva ce qui devait arriver : le coq fulminait d’impatience, la crête rigide de gel. Or ce coq dyslalique confondait sans vergogne les t et les n.
– Tu es en renard, dit-il, oui, très en renard.
Et celui-ci dévora la petite poule sous l’oeil ébahi de son amant.

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chanson pour un renard

tant qu’un brave ami me supporte
moi que l’on trouve insupportable
tant qu’il frappe un soir à ma porte
pour me donner place à sa table


tant que là-bas une gamine
saute à la corde en souriant
et sans se soucier de ma mine
me chante un air qui rit au vent

tant que j’accroche quelques noms
rares comme des marguerites
à mes instants et que je quitte
ce cafard aux yeux de démon

je suis le renard solitaire
ami d’autres renards tout seuls
qui ont des fourrures de frères
et me font au coeur des clins d’oeil

je suis le prince d’un royaume
de ruisseaux bleus et de torrents
et quand je m’écorche les paumes
c’est pour applaudir le printemps

alors oui je deviens très fort
presque comme un loup en hiver
alors oui quand le vent me mord
c’est doux comme un vers de Prévert

j’amasse des songes en pagaille
pour offrir aux autres renards
qui comme moi vont vaille que vaille
mais sont de merveilleux bavards

seul comme un renard en Irlande
j’apprivoise les lacs, les joncs
et ma soif de vivre est si grande
qu’on me prend pour un doux dragon

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agacement

Je reçois de la publicité pour un manuel scolaire (qui par ailleurs me semble très bien conçu) et je vois avec stupeur qu’on a, sur la couverture, et en grand, abrégé troisième en 3ème, ce qui, bien sûr, est une faute. Petite faute ? Y en-a-t-il de grandes ? Celle-ci est d’autant plus stupide que le e en exposant, et rien d’autre, est la façon la plus courte d’abréger, ce que l’on peut souhaiter, j’imagine ! Et puis on se plaindra que les élèves d’aujourd’hui ne connaissent plus l’orthographe…

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espressi etc

Mon ami Fabien Dumont me demande s’il doit écrire deux cappuccinos ou deux cappuccini.
Cela me rappelle deux anecdotes.
Un matin de 1965, à Londres, où je déjeunais avec ma femme, je commande : « Eggs and bacon, please. » Le maître d’hôtel se dirige vers la porte des cuisines et crie : « Bacon eggs ! »
– Tu vois, dis-je à ma femme, c’est cela qu’il faut dire si l’on veut avoir l’air d’être du coin…
Le lendemain à la même heure, je demande, fier comme un prince consort : « Bacon eggs. » Le gars se tourne vers la cuisine et crie « Eggs and bacon. »
La même mésaventure m’arrive un jour à Rome avec des espressi-espressos…
Je le raconte à mon ami Georges Bouillon, un après-midi où nous étions ensemble en Italie, à Bari, je crois. Et je lui dis :
– Vous allez voir.
Je commande « due cappuccini ». Le garçon crie : » Due cappuccino. »
– Ils ne font pas le pluriel, me dit Georges.
Tu parles !
Le lendemain, les due cappuccino que je commande deviennent « Due cappuccini ».
Affaire à suivre…
Ai-je répondu, Fabien ?

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Usages

Ah, la langue française n’est pas toujours simple et est parfois source de confusion. Je me souviens de ces amis bruxellois invités à déjeuner par des Français et qui s’étaient présentés vers huit heures du matin ! De même, un ami me rappelle que nous nous verrons samedi prochain. Or, notre rendez-vous n’est fixé qu’à la semaine prochaine… Je lui fais donc remarquer que nous nous verrons de samedi en huit. C’est ce qu’on m’a appris à l’école. Mais interrogeant autour de moi et farfouillant dans les ouvrages de référence, je vois qu’on fait désormais tomber le de. Bon, nous nous verrons donc samedi en huit. Je serai au rendez-vous. Pour dîner avec lui. A midi, puisque nous parlons belge tous les deux…

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