les participes dépassés

D’après les conversations que j’ai entendues dans le bus, la grosse préoccupation de mes concitoyens, c’est l’accord du participe passé avec avoir. Après les chaleurs que nous avons connues cet été, je comprends que l’on ait besoin de sujets plus frivoles. Je comprends mais je m’énerve quand même un peu. Que des gens qui se disent sérieux (et anciens profs de surcroît !) passent leur temps à disserter sur cette calamité linguistique, c’est un peu effrayant. Rien d’autre de plus urgent à se mettre sous la dent à une époque où la ponctuation est si malmenée, où le vocabulaire joue à la peau de chagrin, avec des connaissances littéraires que l’on a connues plus profondes ? A ce propos, j’aime bien (non, je n’aime pas) l’argument qui dit que l’on aura plus de temps à consacrer à des choses utiles ! A quoi ? A jouer sur internet ? Soyez sûrs que chaque leçon d’analyse que l’on aura supprimée (car c’est bien de ça qu’il s’agit) ne sera jamais remplacée par une étude sérieuse de la langue et de la culture. Ils y croient vraiment ?

Et puis, je m’interroge. J’ai enseigné pendant bien plus de trente ans et je sais donc un peu de quoi je parle. Sur une année scolaire, combien d’heures ai-je consacrées à ce malheureux accord ? Deux heures ? Un crime, n’est-ce pas ?

Mais supprimons, allégeons : nos élèves y gagneront en bêtise. Et puisqu’il faut supprimer, je propose que l’on raye le futur de toutes les conjugaisons. D’ailleurs, avec la situation de la planète, quel futur avons-nous ? Oui, à bas le futur simple qui ne l’était d’ailleurs que par son nom. Et puis, on cassera la figure au conditionnel. Le subjonctif est déjà presque oublié. Tant mieux. Et l’infinitif, c’est si beau, non ?

Vous me suivre ?

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Publié dans Non classé. 4 Comments »

4 Réponses to “les participes dépassés”

  1. Andre Denis Says:

    Tout à fait d’accord avec monsieur le professeur . Très bien dit.

  2. Jean-Luc GEOFFROY Says:

    Le latin et le grec ont à peu près disparu des préoccupations scolaires. Pourtant, leur apprentissage apprenait à raisonner, à analyser, et donnait des facilités en… mathématique. En français aussi, bien entendu, et de belle manière en outre. La discipline du raisonnement est fiancée au respect que l’on doit à autrui. Dans bien des domaines, c’est même le meilleur mariage. Est-il vraiment si compliqué que cela, l’accord du participe? Je n’en ai jamais eu l’impression. Sans doute m’a-t-il été bien enseigné. Comme notre prof de 3e à l’Athénée Royal de Virton, Monsieur Bertholet, nous a imprégnés de l’analyse grammaticale générale, de la concordance des temps. J’ai, dans mes relations et amis, des gens qui n’ont pas fait de «grandes études» et qui font, comme moi je crois, peu de fautes en écrivant.
    Essayer de faire passer cet accord pour un obstacle au développement de la langue est une forme d’insulte aux enseignants, incapables d’en enseigner les fondements proprement, et à l’ensemble de la population francophone que l’on juge décidément trop bête pour comprendre.
    Mais, l’avez-vous remarqué? On ne parle nullement de simplifier les mathématiques, la trigonométrie, l’algèbre, la géométrie. Pourtant, qui, après 40 ans, est encore capable de résoudre une équation du second degré? Qui se souvient de ce que représente le carré de l’hypoténuse?
    On finira par décider de ne plus rien accorder. A personne…

  3. delépine Says:

    Moi suivre toi, Claude !

  4. Noesen Says:

    Bravo, Claude !


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