Instits

La mort est toujours bouleversante. Sauf sa mort propre, puisqu’on n’y assiste jamais.

Ces trois personnes tuées mardi à Liège par un fanatique, comment ne pas y penser et en être malheureux ? Deux femmes abattues en faisant leur travail, leur devoir. Et le troisième par hasard, stupidement, parce qu’il était là.

C’est cette troisième mort qui me rend le plus triste et me bouleverse. Ce Cyril qui est mort sous les balles d’un fou, ce Cyril que je ne connaîtrai jamais, comme il devait vivre ! On le dira jamais assez, et on ne le dit guère : la seule vraie arme contre les terroristes, c’est l’éducation. Toutes les autres n’ont jamais servi à rien, qu’à protéger, ce qui n’est déjà pas mal, bien sûr, et que je salue. Soldats et policiers, oui, ils nous protègent. Provisoirement. Cyril, lui, allait être de ceux qui nous protègent réellement, puisqu’il allait être, puisqu’il aurait dû être instituteur.

J’en connais quelques-uns de ces maîtres qui travaillent dans les classes primaires, celles où tout se joue. J’en connais quelques-uns qui font partie de mes plus chers amis. Quelques-uns qui ne se doutent pas qu’ils font ce que personne d’autre ne pourra vraiment faire à leur place : éduquer des petits d’homme, leur apprendre que la vie est belle mais qu’elle a des règles qu’il faut respecter. Ces règles que le tueur fou n’a jamais apprises.

Cyril allait être de ces hommes indispensables dont notre société a tant besoin.

Il allait être de ces précieux jardiniers des esprits qu’on ne salue jamais assez.

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3 Réponses to “Instits”

  1. desmons Says:

    Tout est dit…

  2. Livia Says:

    Bel article, Claude!

    En effet, même si la mort des deux policières est atroce, celle de ce jeune homme me touche peut-être encore davantage… Parce qu’elle est la somme de hasards, parce qu’il s’est trouvé là au mauvais moment, parce que j’ai lu l’horrible témoignage de sa maman, parce qu’il était jeune et allait devenir enseignant, comme moi…
    Qu’ils reposent en paix! Et que nos jeunes puissent bâtir un monde meilleur pour y vivre plus en paix…

  3. Jean-Luc GEOFFROY Says:

    Oui, Claude, le pédagogue a raison. Il me souvient qu’en 6e d’Athénée (Athénée Royal de Virton, devenu Nestor Outer), on discutait en classe avec notre prof de français à propos d’une exécution capitale en France (Buffet et Bontemps?). Dans ma naïveté de pré-ado, je ne trouvais pas anormal qu’on exécute (la loi, sans doute, c’était la loi), mais ma question était simple : pourquoi ne pas savoir exécuter proprement (sans découper un être, voulais-je dire). Et le prof de français que tu étais a répondu dans un ton tout naturel : « pourquoi ne pas savoir ne pas tuer? »
    Le mécanisme de l’humanisme était enclenché. Je suis devenu un farouche opposant à la peine de mort après avoir réfléchi à ce que cela représentait.Et pour remplacer « la loi, c’est la loi », ma réflexion a été « la Justice ne peut faire elle-même ce qu’elle reproche aux justiciables ».
    L’écueil de ta réflexion de ce jour est simple elle aussi : qui forcera l’éducation dans le monde des talibans par exemple? Les religions (dont on sait quand, par qui et pourquoi elles ont été fabriquées) ont depuis longtemps imposé leurs vues dès le plus bas âge. J’ai été baptisé, en 1953, par des parents incroyants mais qui pensaient que ne pas être baptisé fermait des portes.
    Les religions sont en fait des mouvements politiques totalitaires (même si elles tentent parfois de le cacher) et sexistes.
    Avant de pouvoir faire le pain dans un atelier infesté de rats, il faut nécessairement dératiser, puis empêcher les rats de proliférer à nouveau dans ledit atelier. Mais on ne peut pas dératiser le petit monde humain, hélas. Au nom des droits de l’homme (demain, des droits humains). Je n’accorde pas le statut humain à des êtres qui n’accordent à des être humains, eux, que le droit de crever sous leur haine.
    Alors, avant de pouvoir enseigner, éduquer, il faut dératiser. Et je n’ai rien en commun avec les De Wever et autre Francken. Ils semblent n’avoir reçu, eux, aucune éducation. N’ont aucune empathie quelles que soient les victimes. J’ai mal des deux policières, mal de l’étudiant prêt à devenir enseignant, mal à la petite Mawda et au cœur de ses parents.
    Il est bien difficile de trouver la bonne voie de l’éducation à l’amour de l’autre, surtout au travers des religions qui affirment parfois que « Dieu reconnaîtra les siens ». S’il en existe un, je suis certain qu’il ne me reconnaîtra pas…


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