Raucy, la guerre et les Juifs…

L’écrivain Claude Raucy est né à Vieux-Virton, en Gaume, en mai 1939.

On pourrait penser que pour un auteur riche d’une bonne centaine de titres, les lieux et les dates de la vie n’ont pas vraiment d’importance. Et pourtant…

Et pourtant, comment bien comprendre les romans de Claude Raucy si on ne sait pas qu’il avait un an quand ses parents ont dû se réfugier dans le sud de la France, à Belpech exactement, pour échapper à l’horreur nazie ? Dans ce département de l’Aude, ils furent accueillis avec beaucoup de gentillesse, malgré la vie assez pénible des habitants. Ils revinrent en Gaume quelques mois plus tard. De quoi parla-t-on pendant les années qui suivirent ? Des difficultés de l’exode. Du sort pénible des réfugiés. Réfugiés : c’est sans doute le mot que Claude Raucy a le plus entendu tandis qu’il découvrait le langage. Avec guerre, bombe et collabos. Et résistants, ceux dont on parlait à mots couverts, leur donnant une place privilégiée dans l’imagination d’un enfant.

De Juifs, on ne parlait pas encore. Du moins l’auteur ne s’en souvient-il pas. Les Juifs on en parla de plus en plus, mais pas tout de suite.

Claude avait un peu plus de cinq ans quand l’américain remplaça l’allemand. C’était la douceur après les phrases de haine. Le chewing-gum après les ersatz.

Et puis la guerre cessa tout à fait et l’écrivain en herbe entra à l’école primaire. Une école de paix désormais. Et petit à petit, il rencontra le mot juif en même temps qu’il découvrait que l’être humain pouvait être un monstre. Mais ce n’est que bien plus tard qu’il apprit que des petits Juifs se cachaient pas très loin de sa maison, chez un brave homme un citoyen ordinaire dont il ne soupçonnait pas la générosité.

Drôle de mélange tout ça ? Certes. Un mélange qui devait donner naissance à plusieurs livres. Le plus connu sans doute, depuis 1989, c’est Le doigt tendu, cette histoire de Juif réfugié à Saint-Mard et qui se voit trahi par son seul véritable ami. Mais cette trahison lui fait comprendre qu’à côté de la méchanceté, il y a l’accueil et la tendresse.

Le roman part de la Gaume que Raucy aimait, avec ses prés, ses vergers, ses rivières et ses forêts où se cachaient les résistants.

Toujours baigné par la Gaume, il y eut, longtemps après, Les cerises de Salomon. Toujours avec des salauds et des héros. Et des Juifs traqués.

Les années passèrent. Claude Raucy retrouva le mot réfugié. Cette fois, ce n’était plus lui. Mais il en côtoyait, tous les jours, venant d’un peu partout. De là sans doute la naissance d’un court roman, Le violon de la rue Lauriston.

Puis les problèmes de la vie se multiplièrent et se firent graves. En quoi fallait-il croire en ce 21e siècle bouleversé par un terrorisme impitoyable ? L’ouverture aux autres ne s’ouvrait-elle que sur un point interrogation ? Ce fut Où es-tu Yazid ?

Mais la Gaume était toujours dans les rêves de Claude Raucy, avec un grand-père tendre, un instituteur comme on en rêve, et des fleurs, des arbres, des oiseaux… comme on en voit de moins en moins. Mais, en arrière-fond, la guerre toujours, avec ses questions. Cette fois, l’auteur s’amusa à travailler en abyme, à introduire un texte de Raucy dans un texte de Raucy… Ce roman encore inédit s’appelle provisoirement La dernière promenade. Avant peut-être qu’un éditeur propose un autre titre.

La Gaume, les réfugiés, les Juifs… La même histoire sans doute, répétitive.

C’est l’éditeur Mijade qui propose la dernière édition du Doigt tendu.

Les cerises de Salomon sont au catalogue des éditions Weyrich, dans la collection La Traversée.

Aux éditions Ker, Le violon de la rue Lauriston et Où es-tu Yazid?

Pour La dernière promenade, il faudra encore attendre un peu…

C.R.

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Une Réponse to “Raucy, la guerre et les Juifs…”

  1. stasjea Says:

    Waw ! Merci pour ce partage.

    Tu vas bien ? On prend date pour se revoit ?

    Jea

    Le ven. 25 mai 2018 à 12:23, Claude Raucy : Poète, nouvelliste, romancier, écriva


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