Neige

Je regarde par la fenêtre. La neige. Et soudain tout revient et se précise. Je comprends enfin clairement pourquoi je suis toujours fou de joie quand il neige.

En décembre 1944, à Vieux-Virton, les gens étaient heureux, parce que les Américains, depuis l’automne, étaient passés les délivrer. Moi-même, je m’en souviens, j’avais couru cueillir des roses dans le parterre devant la maison, pour courir les offrir à des soldats qui se méfiaient, n’étant pas sûrs que les Allemands avaient bien quitté le village. Octobre et novembre avaient donc été de calme et de confiance. Et puis fin décembre il avait neigé. Beaucoup, beaucoup neigé. Et j’avais beaucoup, beaucoup joué. Quelques rares photos en témoignent. Sur l’une d’elles, on me voit avec ma grand-mère, une boule de neige à la main, que j’allais sans doute jeter vers son rire. Et mon père m’avait fabriqué un beau traîneau que j’ai toujours dans mon salon. Jamais, j’en suis sûr, mon cœur n’a battu aussi paisiblement. Je savais que les armes, pour moi, s’étaient tues. Pourtant, à soixante kilomètres de Virton, Bastogne allait connaître l’horreur. Mais comment l’aurait-on su ? Ma seule télévision, c’était ces prés blancs comme la joie, où j’allais sans cesse descendre et remonter, sous l’œil bon d’une grand-mère qui m’aima comme, je crois, personne ne m’a jamais aimé.

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Une Réponse to “Neige”

  1. Annie gaspard Says:

    Juste si beau de lire dans la blancheur de la neige les couleurs de sa mémoire…


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