exécution très capitale

Le bourreau ce matin-là était retenu par une toux tenace. Je savais mieux que quiconque qu’était pourtant venue l’heure douce de mon exécution. Je suppliai qu’on trouve in extremis un remplaçant. Hélas, me dit-on, le remplaçant est en congé. J’insistai : Il faut m’exécuter ! S’il vous plaît !

Le juge commis d’office fut très aimable : « Écoutez, cher poète, exécutez-vous vous-même, nous gagnerons du temps et de l’argent. »

Il avait raison. Je m’exécutai donc.

Cette décision tout de suite me fit mal. Et puis cette hésitation entre la corde et la serpe me blessait cruellement l’amour-propre. Je le dis. Ma voix cependant fredonnait l’au revoir à la terre.

Mais j’avais mal. Alors, le juge (un homme bon et débonnaire) me dit à l’oreille : « Qu’importent vos souffrances puisque vous chantez. »

Toujours le même refrain, me dis-je in petto. Toute ma vie.

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2 Réponses to “exécution très capitale”

  1. Fabien Says:

    Du meilleur cru! Bravo bravissimo, Claudio caro!

  2. bourgonm Says:

    Et bien, dansez maintenant! 😉

    N’est-ce pas la meilleure réponse à ce sujet?

    J’aime beaucoup ce texte.


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