fable numéro 1

La petite poule n’avait jamais été un modèle d’exactitude. Elle était très douée pour prendre son temps, comme elle disait. « Il est à moi, le temps : j’en fais ce que je veux. » Elle devait s’en mordre les pattes, comme on va le voir. Un matin de mars que le ciel hésitait entre giboulée et soleillade, la petite poule se souvint qu’elle avait rendez-vous avec le coq du bas de la rue. Chemin faisant, elle huma avec passion les premières violettes, s’attarda à regarder les chatons d’un saule adolescent et écouta longtemps, bec en l’air, les demi-pauses de précoces hirondelles. Arriva ce qui devait arriver : le coq fulminait d’impatience, la crête rigide de gel. Or ce coq dyslalique confondait sans vergogne les t et les n.
– Tu es en renard, dit-il, oui, très en renard.
Et celui-ci dévora la petite poule sous l’oeil ébahi de son amant.

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